mercredi 27 janvier 2010

Le Nigeria au bord de l'implosion ?

Un article sur le Nigeria parut en parallèle sur le site Alliance stratégique.



Un président hospitalisé depuis le 23 novembre en Arabie Saoudite, un vice-président chargé par la Haute Cour fédérale d’assurer les pouvoirs du chef de l’État jusqu’à son retour, des affrontements entre factions de la secte islamiste Kala-Kato fin décembre, des Nigérians placés sur la liste américaine des passagers à surveiller après la tentative d’attentat d’Umar Farouk Abdulmutallab, des centaines de morts à Jos (au centre du pays) lors d’affrontements entre chrétiens et musulmans… Qu’arrive t-il au Nigéria ? Le leader régional est-il en passe d’imploser ?


Sur le plan interne


Eléments de géopolitique interne : l’une des particularités du Nigéria est d’avoir été construite par le colonisateur britannique sur la base de la juxtaposition au sein d’un même territoire de deux aires géographiques (aires soudanaise et guinéenne). Bien qu’associées, ces deux parties ont été maintenues dissociées au niveau géographique, politique et administratif jusqu’à l’indépendance du pays. Effectivement, le Nigéria est partagée en trois avec au Nord les Haoussas et les Fulanis qui sont des musulmans, à l’Est les Ibos (catholiques) et à l’Ouest les Yorubas (autant de musulmans que de protestants), auxquels il faut ajouter près de 250 ethnies. Il existait différents cercles de colonisation, en fonction de la population et des intérêts économiques. Par exemple, le littoral était exploité directement par les Anglais alors que l’intérieur du pays l’était par l’intermédiaire des autorités locales. Le problème récurrent est donc de maintenir l’unité entre ces trois parties régionales qui luttent pour le contrôle du centre fédéral. Par ailleurs, il convient de relativiser ce modèle d’opposition géopolitique car au sein même des régions les divisions sont courantes (exemple : Biafra 1967).
Avec ses trente-six États et ses soixante-quatorze gouvernements locaux, le pays reste fragile, les forces centrifuges et le pouvoir central sont constamment en lutte et l’État fédéral a été remanié à plusieurs reprises depuis 1967 afin de satisfaire les demandes de partage émanant des minorités désireuses d’avoir un État propre (douze États en 1967, dix-neuf en 1976 puis vingt et un en 1988, trente en 1991 et trente-six en 1996).


Napoléon considérait que la puissance des États est dans leur géographie, l’important est la maitrise de l’espace. Or, avec 20 % de Yorouba, 18 % d’Ibo et 28 % d’Haoussa-Foulani, la population nigériane est autant un élément de puissance qu’un facteur déstabilisateur. Les problèmes ethnico-religieux internes renforcent l’idée que le Nigéria ne saurait réguler les comportements régionaux tant que sa situation interne n’est pas stable. À moins de sombrer dans une situation de type libanais, le Nigéria doit encourager les positions laïques. Mais une telle nécessité ne séduit pas les intégristes des différentes religions, notamment les fondamentalistes islamiques qui ont installé la charia (loi islamique) dans les États du nord. On assiste d’ailleurs à une radicalisation de l’islam nigérian. Le pays concentre le plus grand nombre de mouvements islamistes de la région (six sont listés par les services de sécurité nigérians). Une estimation globale indique que les islamistes radicaux représenteraient environ 20 % de la population musulmane, estimée à 60 millions environ. Un des grands enjeux reste la bonne intégration du nord-Nigéria, qui voit à la fois progresser l’application de la charia et qui doit lutter contre le déclin économique.

Par ailleurs, les progrès dans l’éducation et la santé ont été mineurs ces dernières années, le pays s’est avéré incapable de résoudre le problème chronique de la pénurie d’électricité et de produits dérivés du pétrole. Le trafic de drogue, le crime, les pogroms interethniques, les affrontements armés de factions militaires, les agressions, les vols et piratages, les réactions immédiates de justice expéditives sont en recrudescence. L’agriculture est tombée en déliquescence et le pays est devenu un grand importateur de denrées alimentaires. L’éducation et les systèmes de santé se sont effondrés. Le développement humain reste très modeste (158ème pays sur 182 d’après l’Indice de Développement Humain 2009). L’économie du Nigéria est fortement dépendante de l’industrie pétrolière qui représente près de la moitié du PIB, 95 % des exportations et plus de 70 % des recettes budgétaires. Les potentialités économiques et le poids démographiques du pays tranchent avec son état général. Le Nigéria est un pays très corrompu (130ème place sur 180 pays selon Transparency International en 2009), l’économie informelle place le pays au troisième rang des pays africains pour l’importance de ce secteur (58 % du PIB global en 1999-2000) et les chiffres officiels ne donnent pas une idée réelle de la situation du pays.

Sur le plan extérieur


Dans la région, le Nigéria est doté d’un fort potentiel particulièrement au regard des facteurs traditionnels de la puissance (démographie, espace, dispositif militaire, ressources). Le pays est considéré comme un « poumon économique » en Afrique de l’Ouest : sa population représente 25 % de la population africaine et 65 % de celle de la CEDEAO, ses exportations de produits manufacturés et son économie informelle (vente de produits pétroliers de la contrebande dans la région) sont importantes. Les Nigérians sont presque vingt fois plus nombreux que les Béninois et les Tchadiens (sept et huit millions d’habitants respectivement), plus de dix fois plus nombreux que les Nigériens (11 millions) et huit fois plus que les Camerounais (16 millions). Plus grand, plus riche le Nigéria a tendance à « aspirer » ses voisins.

En tant que puissance régionale, le Nigéria aspire à devenir le leader des pays qui l’entourent. Cependant, son inscription dans le monde anglophone l’isole des pays francophones voisins. Il se veut africain mais sa participation à l’OPEP renforce les liens de ses musulmans avec le Moyen-Orient ou le Maghreb.

Le géant régional contribue à promouvoir la CEDEAO (Communauté économique des États de l’Afrique de l’Ouest) basée à Abuja et l’ECOMOG (Economic Community of West States Cease-fire Monitoring Group, ou Brigade de surveillance du cessez-le-feu aussi appelé « Casques blancs »), le bras armé de la CEDEAO où les contingents nigérians sont les plus nombreux. Du coup l’Ecomog apparaît comme un instrument de la politique extérieure du Nigéria, l’ancien secrétaire général de l’ONU l’a reconnu : « La contribution du Nigéria à l’Ecomog est si importante que si elle devait décliner, c’est la viabilité militaire de l’organisation qui serait menacée ».


Cependant, les interventions nigérianes ne sont pas toujours exemplaires. En 2000, un rapport au conseil de sécurité de l’ONU rédigé par le major général Vijay Jetley, commandant de la Minusil (Mission des Nations Unies en Sierra-Leone), dénonçait la collusion entre le général nigérian de l’Ecomog et les rebelles du Front uni révolutionnaire : « L’armée nigériane voulait rester en Sierra-Leone, en raison des bénéfices substantiels qu’elle tirait du commerce illicite de diamants ».

La contribution du Nigéria au maintien de la paix en Afrique de l’Ouest et sur le continent n’est reste pas moins indéniable et le pays souhaiterait être récompensé de son investissement en obtenant un siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU. Le 5 janvier, il a obtenu une place de membre non permanent avec la Bosnie-Herzégovine, le Brésil, le Gabon et le Liban. Le nombre de missions onusiennes auxquelles les soldats nigérians ont participé (même en dehors du continent) est un argument de poids. En 2009, 5827 soldats et policier Nigérians participaient à des missions de l’ONU ou de l’UA (dont 3861 au Soudan) sur le continent africain.


Au-delà du cadre régional, le pays a multiplié les initiatives en matière de résolution des conflits. Des réunions de médiations ou de facilitations ont été organisées à Abuja notamment pour le Soudan, la République Démocratique du Congo (RDC), le Zimbabwe, le Togo et dernièrement la Côte d’Ivoire, bien que le Nigéria ne fût pas le seul acteur ni le plus influent. De plus, en 2003 le rayonnement du pays a été renforcé avec la tenue des jeux africains et l’organisation du 17ème Sommet des pays du Commonwealth en présence de la reine Elisabeth II ainsi qu’en décembre 2006 avec la Conférence de l’OPEP.

Cette position de leader régional s’est plus imposée au Nigéria qu’il ne l’a imposé à ses voisins plus faibles et plus petits. En effet, aucun autre pays environnant ne pouvait disputer au Nigéria ce statut. Bien que dans le contexte de la mise en place des Forces Africaines en Attente (FAA) c’est-à-dire des brigades régionales déployables en 14 jours par rotation, le Sénégal s’avère être un deuxième pilier en Afrique de l’Ouest. Le Nigéria semble plus empêtré dans ses problèmes internes et pas vraiment intéressé par cette affaire.

Le Nigéria possède beaucoup des atouts traditionnels de la puissance – espace, population, richesses naturelles et même, depuis la hausse du prix du pétrole, argent. Il lui manque, naturellement, les atouts nouveaux – technologie en particulier. Mais il lui manque surtout ce qui, aujourd’hui comme hier, constitue le fondement essentiel de la puissance : la cohésion nationale, ce que Zaki Laïdi nomme la capacité de l’État à « faire sens ».

dimanche 24 janvier 2010

Film du jour : Invictus



Vu aujourd'hui : le film Invictus (je vous en avais parlé lors de sa sortie ICI) de Clint Eastwood avec Morgan Freeman et Matt Damon, inspiré du livre de Kohn Carlin "Playing the Enemy : Nelson Mandela and the Game that made a Nation".
"Invictus" (Invincible) titre latin du poème de William Ernest Henley est aussi le poème préféré de "Madiba" Mandela.


Invictus :
Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.

In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbow'd.

Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.

It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate:
I am the captain of my soul.


Traduction :

Dans la nuit qui m'environne,
Dans les ténèbres qui m'enserrent,
Je loue les Dieux qui me donnent
Une âme, à la fois noble et fière.

Prisonnier de ma situation,
Je n'ai pas gémi ni pleuré.
Meurtri par les tribulations,
Je suis debout bien que blessé.

En ce lieu d'opprobres et de pleurs,
Je ne vois qu'horreur et ombres
Les années s'annoncent sombres
Mais je ne connaîtrai pas la peur.

Aussi étroit soit le chemin,
Bien qu'on m'accuse et qu'on me blâme
Je suis le maître de mon destin,
Le capitaine de mon âme.

samedi 23 janvier 2010

Rapport mondial 2010 de Human Rights Watch



"Les gouvernements qui se sont rendus coupables de graves violations des droits humains au cours de l'année passée ont intensifié leurs attaques contres les défenseurs et les organisations de défense des droits humains qui rendent compte de ces violations", a déclaré Human Rights Watch.
Human Rights Watch cite le Soudan et la Chine comme des pays dont les gouvernements interdisent régulièrement des organisations de défense des droits humains. Des gouvernements comme ceux de l'Ethiopie et de l'Egypte recourent à des réglementations extrêmement restrictives pour entraver les activités des organisations non gouvernementales.
Human Rights Watch a par ailleurs expliqué dans l'introduction de son Rapport mondial que l'émergence d'un système de justice internationale, dont la Cour pénale internationale (CPI), avait été la cible d'attaques. Ces attaques se sont produites après que la Cour a émis un mandat d'arrêt en mars contre le Président Omar el-Béchir du Soudan pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis par les forces soudanaises et leurs milices alliées contre les populations civiles du Darfour. (mon billet sur la justice internationale en Afrique ICI) Après l'émission du mandat par la CPI, de nombreuses démocraties africaines ont initialement choisi le confort de la solidarité régionale plutôt que d'adopter une position de principe de soutien à la justice internationale, note Human Rights Watch dans l'introduction au rapport.
Au Zimbabwe, les chercheurs de Human Rights Watch ont continué à observer et rendre compte des violations des droits humains commises par l'ancien parti au gouvernement du Président Robert Mugabe contre ses partenaires et leurs partisans au sein du gouvernement decoalition. Human Rights Watch a aussi documenté les méthodes brutales employées par l'armée et par la police dans les mines de diamants de Marange pour contrôler l'accès aux mines et pour s'emparer de l'exploitation et du commerce non autorisés des diamants.
En République démocratique du Congo, Human Rights Watch a documenté les meurtres délibérés de plus de 1 400 civils, la récurrence de viols brutaux, ainsi que d'autres exactions commises par les forces gouvernementales et rebelles lors de deux opérations successives de l'armée congolaise contre une milice hutue rwandaise dans l'est du pays. Human Rights Watch a aussi rendu compte de graves défaillances dans l'opération de maintien de la paix de l'ONU au Congo qui ont limité sa capacité à protéger efficacement les civils.
En Guinée, Human Rights Watch a publié un rapport détaillé sur les meurtres, les agressions sexuelles et autres exactions commises majoritairement par des membres de la Garde présidentielle d'élite lors de la répression d'un rassemblement de l'opposition dans la capitale. Les preuves recueillies laissent supposer que les attaques étaient planifiées à l'avance et correspondent à des crimes contre l'humanité.
Chapitres sur des pays africains, traduits en français :
Burundi (ICI)
Côte d'Ivoire (ICI)
RD Congo (ICI)
Rwanda (ICI)
Tchad (ICI)
Le Rapport mondial 2010 : Les auteurs de violations s’en prennent aux messagers des droits humains ICI
Photo : En couverture du Rapport mondial 2010, une photo de Tamouls sri lankais regroupés dans le camp de Menik Farm, lors de la visite du Secrétaire général de l'ONU Ban Ki-moon en mai 2009.
© 2009 Joe Klamar/AFP/Getty Images

mercredi 20 janvier 2010

Le Sinaï au cœur des crises israélo-arabes.



Aujourd’hui je m’immisce aux limites de l’Afrique, en tant que continent géographique bien sûr mais aussi géopolitique puisque je vous propose un petit coup de projecteur sur le Sinaï. La région est actuellement touchée par de graves inondations (les pires enregistrées depuis 1994) et l’intérêt des géopolitologues aura été attiré par le projet d’Israël de construire une double rangée de clôtures entre le Néguev et le Sinaï pour lutter contre l’immigration clandestine et ainsi clôturer sa dernière frontière encore ouverte.
Donc région mal connu mais au combien stratégique au cœur des crises israélo-arabes.
Péninsule montagneuse et désertique Égypte de 61 000km², pont entre l’Afrique et l’Asie, bordé à l’Ouest par le canal et le golfe de Suez, à l’Est par le golfe d’Akaba. La partie sud vit du tourisme alors que la partie nord souffre de la pauvreté.

Le Sinaï recèle une charge émotionnelle pour les juifs israéliens puisque, selon la Bible, Moise y aurait reçu l’alliance de Dieu et les 10 commandements. Pour certains, cette région ferait partie de la terre biblique d’Israël et plusieurs colonies y ont été implantées jusqu’à leur démantèlement en 1982. Par ailleurs, la région est stratégique tant pour les Israéliens que pour les Égyptiens car elle permet de surveiller le canal de Suez et le détroit de Tiran. Économiquement, les gisements de pétrole attisent également les convoitises.
La région a été un champ de bataille pour les armées israéliennes et arabes. Israël contrôla deux fois le Sinaï en 1956, puis de 1967 à 1982.
Depuis 1982, Égypte y exerce sa pleine souveraineté mais ne peut déployer dans la péninsule certaines armes lourdes. Cette région pauvre a aussi été le lieu de plusieurs attentats terroristes entre 2004 et 2006 et le relief est idéal aux activités illégales. Le Sinaï serait-il en train de devenir un bastion djihadiste dans une région au cœur des préoccupations internationales ?

vendredi 15 janvier 2010

L'Erythrée ce soir dans Thalassa



Ce soir l'émission Thalassa (France 3) nous porpose "un voyage en Erythrée":

"En Erythrée, le port de Massawa est le poumon du pays. Toutes les routes de la survie et de l’espoir en partent, et y reviennent. A travers le portrait de femmes érythréennes, nous découvrons le carrefour économique d’un pays sous perfusion après trente ans de guerre.
L’Erythrée semble émerger d’un long cauchemar, et se tourne aujourd’hui vers la mer car son littoral est intact, paradoxalement préservé par les années de guerre qui ont tenu à l’écart les promoteurs, les touristes, et les plongeurs.
C’est désormais un précieux atout pour le gouvernement qui souhaite y développer un écotourisme raisonné. Ainsi dans l’archipel des Dalhaks, un chapelet d’îles vierges, inhabitées pour la plupart, un projet de Parc National est à l’étude, pour que les Dalhaks soient définitivement hors d’atteinte du tourisme de masse. Pour l’instant, seuls quelques privilégiés comme Guiseppe et Adriano forcent l’accès aux îles Dalhaks : enseignants à l’école italienne de l’Erythrée, ils sont devenus « touristes-plongeurs professionnels » et partent chaque week-end avec leur panoplie de Robinson. Un équipement indispensable pour camper sur un territoire sans habitants, ni eau, ni nourriture, ni infrastructure."

dimanche 10 janvier 2010

A lire, à voir, à écouter cette semaine !

Un rapport du Chatham House par Edward Thomas : « Decisions and Deadlines: A Critical Year for Sudan » ICI
« Jonglei's Tribal Conflicts: Countering Insecurity in South Sudan » de l’International Crisis Group ICI. De plus Marc Lavergne sera l’invité de Thierry Garcin mardi dans les Enjeux Internationaux pour présenter les conséquences régionales de l’indépendance probable du Sud en 2011.
Sur le site du Conseil on Foreign Relations (ICI) : « Abdulmutallab is More Than Just Al-Qaeda », « Paying the Price for Apartheid », « Time Online: Somalis in Yemen: Intertwined Basket Cases », et « Nigeria's Leadership Vacuum ».
Cette semaine aussi la sortie d’« Invictus » de Clint Eastwood avec Morgan Freeman et Matt Damon. Un long-métrage qui montre comment, après l’apartheid, Nelson Mandela tenta de réunir les Sud-Africains en organisant la Coupe du monde de rugby.
Le synopsis : En 1994, l'élection de Nelson Mandela consacre la fin de l'Apartheid, mais l'Afrique du Sud reste une nation profondément divisée sur le plan racial et économique. Pour unifier le pays et donner à chaque citoyen un motif de fierté, Mandela mise sur le sport, et fait cause commune avec le capitaine de la modeste équipe de rugby sud-africaine. Leur pari : se présenter au Championnat du Monde 1995...
Et bien sur je ne peux que vous recommander de lire… mon article sur « L’Afrique noire en mal de champion. L’Afrique Noire : le Nigeria et l’Afrique du Sud » dans « Les Grandes puissances du XXIème siècle » (ICI)

samedi 9 janvier 2010

CAN 2010 : Foot, revendications indépendantistes et terrorisme…



Le car transportant les joueurs de l’équipe nationale de football des Eperviers du Togo a été attaqué à Cabinda vendredi alors qu'il franchissait la frontière entre le Congo-Brazzaville et ce territoire angolais, une bande de terre enclavée entre les deux Congo (Brazzaville et Kinshasa) et distant de 50 km du reste de l'Angola. Trois morts, deux joueurs et des dirigeants ont été blessés. L’attaque a été revendiquée par le tout nouveau mouvement de résistance du FLEC/PM (Forces de Libération de l’État du Cabinda/Position Militaire) Rodrigues Mingas, son secrétaire général s'est expliqué : "Nous regrettons que ce soit le bus du Togo qui a été pris pour cible. On n'a pas fait exprès de tirer sur un bus de joueurs. C'aurait tout aussi bien pu être le bus des Ivoiriens, le bus de n'importe qui... On est en guerre, tous les coups sont permis. L'Angola veut faire croire à une paix effective au Cabinda, mais la paix n'existe pas."
Dans son message de fin d'année, il l'annonçait déjà : "Les patriotes résistants du FLEC/PM, sont décidés à mener autrement la lutte réelle de libération de notre pays le Cabinda, dans ce challenge je peux vous dire que les choses sérieuses vont commencer (...) Veuillez recouvrir l’espoir, le changement arrive ! Oui, nous pouvons vous garantir que les choses vont bouger comme jamais et un vent nouveau va souffler sur la lutte de Libération Cabindaise dans les jours à venir pour le bien de notre peuple tout entier.".

Rappel historique : Cette zone tampon a longtemps été le témoin des rivalités européennes, du fait de sa position géographique, près de l’embouchure du fleuve Congo. Le royaume de Cabinda était sous le protectorat du royaume du Portugal à partir d’un traité signé le 1er février 1895 et cet acte constitue aujourd’hui le texte de référence des indépendantistes, puisqu’il établit juridiquement l’existence politique de Cabinda. Selon eux, la cessation du protectorat aurait dû s’accompagner d’un retour à l’indépendance de ce royaume Or en 1956, le Portugal a placé le Cabinda et l’Angola sous l’autorité d’un administrateur unique, sans modifier le traité, et en contradiction avec la constitution portugaise, qui distinguait ces deux territoires. En 1963, Henrique Tiago Nzita et Ranque Franck créent le FLEC (Front de libération de l’Etat de Cabinda) dont l’objectif est l’indépendance du Cabinda. Avant l’indépendance de l’Angola, le contrôle du Cabinda était vital pour permettre au MPLA (mouvement au pouvoir ayant lutté pour l’indépendance de l’Angola) d’acheter des armes avec la rente pétrolière (les gisements pétroliers d’Angola ne sont entrés en exploitation qu’à partir de 1980).
En 1975, quelques mois avant l’indépendance de l’Angola trois mouvements politico-militaires indépendantistes angolais et le Portugal ont proclamé le rattachement du Cabinda à l’Angola. En 2002, à la fin de la guerre civile angolaise, Cabinda n’est pas pacifiée. Pourtant depuis 2006, le gouvernement central assure que l'enclave l’est en raison de la signature d'un accord de paix avec Antonio Bento Bembe, un des dirigeants politiques du FLEC. Cette guerre larvée se poursuit et l’action des forces gouvernementales contre la population civile continue à ternir l’image de l’Angola à l’étranger. (voir le rapport de Human Rights Watch en juin dernier ICI)
(drapeau de Cabinda)

Mode d’action :
Au début des années 1990 les grandes puissances, attirées par la manne pétrolière se sont désintéressées des indépendantistes. En outre, en 1991 les soldats cubains ont quitté l’Angola, et les militaires sud-africains la Namibie. Les mouvements armés indépendantistes cabindais ont donc changé leur tactique pour obtenir des fonds et ont commencé à prendre des otages parmi les étrangers salariés des grandes entreprises. Cette tactique a partiellement fonctionné puisque des négociations se sont ouvertes avec le gouvernement angolais. Mais l’incapacité des indépendantistes (notamment) à unifier leurs stratégies a sonné le glas des négociations. Ainsi, l’accord de paix signé à la mi-2006 avec le Front de libération de l’enclave de Cabinda prévoyait notamment la nomination de nouveaux vice-ministres dans plusieurs zones mais il n’a pas tardé à être dénoncé par certains des leaders du Front, qui avaient été exclus des négociations.

La solution militaire reste l’hypothèse envisagée par le gouvernement angolais face à cette multitude de groupuscules. Au niveau international la division du camp indépendantiste a rendu le message cabindais inaudible. Ayant perdu leurs soutiens régionaux, les indépendantistes recherchent de nouveaux alliés.

Le chemin vers la paix ?
: Il n’y a aucune force de maintien de la paix actuellement, ni l’Union Africaine, ni les Casques bleus. Plusieurs médiations se sont succédées sans succès : Omar Bongo en 11997 et 1998 (président du Gabon) et Sassou Nguesso en 2006 (président du Congo Brazzaville).

L'occasion tendue par la CAN 2010 est unique : les médias internationaux et les observateurs pourront s’intéresser à la cause cabindaise.

L'occasion est donnée pour le FLEC de Nzita de revendiquer ouvertement l'indépendance du Cabinda. Mais à quel prix ? Le risque est grand pour le mouvement indépendantiste de discréditer sa cause en frappant au hasard par des actions terroristes.

Après les affrontements liés au match Egypte/Algérie, et cette attaque pour médiatiser une cause, le football apparaît comme un reflet actif du monde. Pour Pascal Boniface, penseur de la géopolitique du foot, il existe un parallèle entre football et mondialisation, parce que le football s’est étendu à l’échelle planétaire et le foot reflète les tensions géopolitiques :
- affrontements entre les supporters croates du Dynamo de Zagreb et les Serbes de l’Étoile rouge de Belgrade avant la désagrégation de la Yougoslavie,
-lors de la phase éliminatoire de la Coupe du monde 1958, les pays du groupe Afrique-Asie ont refusé de jouer contre Israël.
- en1966, quinze pays africains susceptibles de participer à la Coupe du monde en Angleterre décident de se retirer, en raison de la sous-représentation de leur continent.
- plus récemment, les tensions entre l’Algérie et l’Egypte qui reflèteraient selon Pascal Boniface deux visions du nationalisme arabe.

- la participation de la Corée du Nord à la prochaine coupe du monde en Afrique du Sud permettrait à Pyongyang de redorer son image.
Donc, le football est devenu un instrument diplomatique. Il permet de promouvoir une image plus ou moins positive du pays, d’endiguer ou de prolonger des tensions régionales.

Site du FLEC : ICI
La vidéo de l'évènement sur France 24 (interview de joueur après l'attaque) : ICI
Le récit d'Adedayor le capitaine de l'équipe du Togo : ICI

Sources : Le Monde / « Les indépendantistes dans l’impasse au Cabinda » par la Commission des recours des réfugiés de la Cour National du droit d’asile /Cabinda Monde Info

jeudi 7 janvier 2010

Niger : le poids de l’environnement régional



Demain dans les Enjeux Internationaux sur France Culture : le Niger. Eric Laurent recevra Antoine Glaser, le rédacteur en chef de la Lettre du Continent.
"La situation géopolitique du Niger a évolué depuis 2005. Jusqu'alors chasse gardée du groupe Areva pour ses approvisionnements en uranium, le pays a bénéficié de la véritable guerre des matières premières qui se livre à travers le monde.

Désormais la Chine est solidement implantée dans le pays, et ce nouveau jeu d'alliance a fragilisé la position française. Sur le plan sécuritaire, le régime du président Tanja ne contrôle qu'une part infime du territoire où sont implantés des groupes dissidents touaregs et des groupuscules appartenant à la mouvance d'Al Qaida au maghreb islamique. Une réalité préoccupante que les américains prennent au sérieux en fournissant une assistance militaire, non seulement au Niger mais également aux autres pays de cette région sub-sahelienne."

Vous pouvez écouter ou réécouter l'émission ICI
Photo : mine d'uranium

mercredi 6 janvier 2010

Les tournées africaines du début d'année


Parce que le jeu des influences passe par des visites bilatérales de coopération ou de courtoisie. Petit coup de projecteurs sur les tournées françaises et chinoises de début d’année.
Bernard Kouchner a entamé aujourd'hui sa tournée africaine de quatre jours qui le mènera dans 5 pays :
-Au Rwanda avec qui la France vient de renouer des relations diplomatiques (voir précédent billet). Jacques Kabale, actuel responsable juridique du département des ressources humaines de la BAD, a été nommé le mois dernier ambassadeur à Paris et Laurent Contini l'actuel ambassadeur de France au Zimbabwe et ancien membre du cabinet de Bernard Kouchner, devrait être nommé à Kigali ;
-En République démocratique du Congo (RDC) : afin d’aborder la situation intérieure, les aspects régionaux et l'avenir de la Mission des Nations unies en RDC (Monuc) qui vient d’être reconduite pour 5 mois ;
-Congo-Brazzaville : les discussions porteront sur la sécurité régionale et le changement climatique notamment la protection de la forêt d'Afrique centrale.
-Burkina Faso : pour évoquer les médiations du président Blaise Compaoré en Guinée, en Côte d'Ivoire et au Togo ;
-Côte d'Ivoire : cette visite « permettra notamment de rappeler l'attachement de la France à ce que la Côte d'Ivoire retrouve la voie de la stabilité et du développement », indique le communiqué de presse.
Le ministre des Affaires étrangère chinois, Yang Jiechi, a débuté lui aussi une tournée africaine au Kenya, au Nigeria, en Sierra Leone, en Algérie et au Maroc.


Officiellement pour entretenir l'amitié traditionnelle sino-africaine, et renforcer le partenariat gagnant/gagnant. Sur les perceptions africaines de la Chine, voir billet ICI

Que devient l’agent français otage en Somalie ?



Rappelez-vous en juillet dernier, deux "conseillers français en mission officielle d’assistance auprès du gouvernement somalien" étaient arrivés à Mogadiscio où ils étaient chargés d'un audit de sécurité afin de préparer la formation d'un bataillon militaire somalien par la France. Les deux hommes étaient logés à l'hotel Sahafi au centre de Mogadiscio, à proximité de la présidence de la République. Ils ont été enlevés le 14 juillet par des miliciens proches du ministre de l'Intérieur, avant d'être repris par d'autres groupes.
Celui qui répond au nom de Marc Aubrière s’est officiellement échappé tout seul (son témoignage ICI). Il aurait très probablement été libéré par l’entremise du Transitional Federal Government (TFG) qui aurait soudoyé ses geôliers ou négocié avec le chef du groupe Hezb-el-Islam. Les autorités françaises ont sûrement du mettre la main à la poche pour faire sortir cet agent. Bien que le porte-parole du Quai d'Orsay, Eric Chevallier affirmait que "la France n'a pas payé de rançon". A Mogadiscio, un responsable du Hezb-el-Islam prétendait au contraire que "l'otage a été libéré après que certains de ses gardes aient été corrompus. Ces hommes ont demandé initialement 5 millions de dollars".
En revanche l’autre agent aux mains du mouvement islamo-nationaliste d’Al Shabaab (le nom complet est Haraka al-shebab el-moudjahidin soit "le mouvement des jeunes moudjahidin en arabe) sera plus difficile à sortir d’affaire car ni le TFG ni les renseignements français n’auraient de facilités pour communiquer avec ce groupe qui contrôle le sud du pays et qui a l’intention de juger le français selon la loi coranique pour espionnage.
En outre, les négociations risquent de porter uniquement sur le côté politique. Une rançon discréditerait le groupe d’ailleurs il a déjà réclamé de la France "la cessation immédiate de tout soutien politique ou militaire au gouvernement apostat de Somalie et le retrait de tous ses conseillers en sécurité de la Somalie" ainsi que « le retrait de toutes ses compagnies de sécurité présentes en Somalie", et "le retrait de sa force navale des côtes somaliennes". Ils demandent aussi "le retrait de toutes les forces croisées de l'Amisom ».
Vidéo ICI : « Otages en Somalie : la force ou la négociation ? » sur France 24
La France compte sept otages dans le monde. Au moins cinq sont détenus sur le continent africain (Somalie, Tchad, Centrafrique, Mali). Souhaitons à leurs familles d’heureux dénouements pour cette nouvelle année.

Photo : le premier agent après sa rocambolesque libération.

Voir : le site de l'association Otages du monde : ICI

mardi 5 janvier 2010

Blog à découvrir



Je viens de découvrir un blog très intéressant animé par Stéphane Bolle, maître de conférence en Droit public : « La Constitution en Afrique ». Il ambitionne de porter « un regard différent sur l'actualité constitutionnelle foisonnante des pays africains. Il ne s'agit pas de singer les gazettes ou les libelles, de s'abîmer dans une lecture partisane des constitutions, des révisions, des pratiques et des jurisprudences. Sans angélisme ni scepticisme, il urge d'analyser, en constitutionnaliste, une actualité constitutionnelle largement méconnue et passablement déformée. » On peut simplement regretter que le blog ne se consacre qu’au pays francophones