mardi 22 janvier 2013

Islam africain, un particularisme effectif ?



Alors que de nouveaux spécialistes du Sahel, de l'Afrique de l'Ouest ou encore de la Somalie, apparaissent un peu partout dans les médias ces derniers jours, les discours colportés font souvent état d'un "islam noir". Nous vous proposons ici d'analyser cette question. 



Tout d'abord, gardons-nous de toute analyse qui donnerait une représentation fallacieuse de l’islam dans la région. Bien qu’il soit teinté de tradition animiste et soufie, rappelons comme René Otayek et Benjamin Soares (ouvrage à droite) que cet islam dit « africain » n’a pourtant pas autant de pratiques particulières qu’on le laisse souvent entendre. Le culte des saints, par exemple, est aussi répandu dans le reste du monde musulman. Néanmoins, il est vrai que dans des pays comme le Mali, la pratique religieuse inclus souvent des éléments extérieurs à l’islam (personnages mythiques non musulmans, recours au fétichisme…). Nous émettons donc des réserves face à ce qu’il est habituellement appeler un « islam africain » profondément soufi et perçu comme « notoirement syncrétique, tolérant et assimilationniste »  sur lequel les colonisateurs français et britanniques appuyaient leur pouvoir et que certains invoquent aujourd’hui afin d’endiguer la montée de l’islamisme dans la région. Cette vision manichéenne donne une image erronée d’une situation qui cache une réalité beaucoup plus complexe. Bien sûr, on observe de fortes divergences entre les sunnites, wahhabites et les traditionnalistes mais ces oppositions sont plus souvent des commodités de langage. L’islam dans la région est pluriel. Les solidarités familiales, ethniques… sont souvent plus actives que l’identification religieuse et sont entretenues par les structures sociales, économiques et politiques de la société. 

L’islam, comme le christianisme, ont réinvesti l’espace public profitant du vide politique laissé après des années d’autoritarisme et cette demande de sacré est aussi une demande de sens. Au Mali, Chérif Ousmane Haïdara, chef traditionnel d’un ordre soufi , a rempli les stades mais peu d'autres membres de l’élite musulmane ne bénéficient d’un public aussi important et n’ont réussi à se substituer aux chefs soufis, aux marabouts….


 Ainsi même si les discours des nouveaux intellectuels musulmans ont parfois des résonnances islamistes, cette visibilité est trompeuse par rapport à leur influence réelle dans la population. Au Mali, ils peuvent invoquer la Charia mais ils n’ont pas nécessairement de légitimité populaire et ne sont pas représentatifs. Par ailleurs, il ne faut pas confondre islamisme et jihadisme. De même tous les islamistes ne sont pas des radicaux. 

On lira avec intérêt : 

René Otayek  et Benjamin Soares, « Islam et politique en Afrique » in Islam, Etat et société en Afrique, Paris, Karthala, 2009

Benjamin Soares, « L’islam au Mali à l’ère néolibérale » in Islam, Etat et société en Afrique, Paris, Karthala, 2009

Louis Brenner, « La culture arabo-islamique au Mali », in Le radicalisme islamique au sud du Sahara. Da’wa, arabisation et critique de l’Occident, René Otayek (sous la dir.), Paris, Karthala, 1993

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