mercredi 20 janvier 2010

Le Sinaï au cœur des crises israélo-arabes.



Aujourd’hui je m’immisce aux limites de l’Afrique, en tant que continent géographique bien sûr mais aussi géopolitique puisque je vous propose un petit coup de projecteur sur le Sinaï. La région est actuellement touchée par de graves inondations (les pires enregistrées depuis 1994) et l’intérêt des géopolitologues aura été attiré par le projet d’Israël de construire une double rangée de clôtures entre le Néguev et le Sinaï pour lutter contre l’immigration clandestine et ainsi clôturer sa dernière frontière encore ouverte.
Donc région mal connu mais au combien stratégique au cœur des crises israélo-arabes.
Péninsule montagneuse et désertique Égypte de 61 000km², pont entre l’Afrique et l’Asie, bordé à l’Ouest par le canal et le golfe de Suez, à l’Est par le golfe d’Akaba. La partie sud vit du tourisme alors que la partie nord souffre de la pauvreté.

Le Sinaï recèle une charge émotionnelle pour les juifs israéliens puisque, selon la Bible, Moise y aurait reçu l’alliance de Dieu et les 10 commandements. Pour certains, cette région ferait partie de la terre biblique d’Israël et plusieurs colonies y ont été implantées jusqu’à leur démantèlement en 1982. Par ailleurs, la région est stratégique tant pour les Israéliens que pour les Égyptiens car elle permet de surveiller le canal de Suez et le détroit de Tiran. Économiquement, les gisements de pétrole attisent également les convoitises.
La région a été un champ de bataille pour les armées israéliennes et arabes. Israël contrôla deux fois le Sinaï en 1956, puis de 1967 à 1982.
Depuis 1982, Égypte y exerce sa pleine souveraineté mais ne peut déployer dans la péninsule certaines armes lourdes. Cette région pauvre a aussi été le lieu de plusieurs attentats terroristes entre 2004 et 2006 et le relief est idéal aux activités illégales. Le Sinaï serait-il en train de devenir un bastion djihadiste dans une région au cœur des préoccupations internationales ?

vendredi 15 janvier 2010

L'Erythrée ce soir dans Thalassa



Ce soir l'émission Thalassa (France 3) nous porpose "un voyage en Erythrée":

"En Erythrée, le port de Massawa est le poumon du pays. Toutes les routes de la survie et de l’espoir en partent, et y reviennent. A travers le portrait de femmes érythréennes, nous découvrons le carrefour économique d’un pays sous perfusion après trente ans de guerre.
L’Erythrée semble émerger d’un long cauchemar, et se tourne aujourd’hui vers la mer car son littoral est intact, paradoxalement préservé par les années de guerre qui ont tenu à l’écart les promoteurs, les touristes, et les plongeurs.
C’est désormais un précieux atout pour le gouvernement qui souhaite y développer un écotourisme raisonné. Ainsi dans l’archipel des Dalhaks, un chapelet d’îles vierges, inhabitées pour la plupart, un projet de Parc National est à l’étude, pour que les Dalhaks soient définitivement hors d’atteinte du tourisme de masse. Pour l’instant, seuls quelques privilégiés comme Guiseppe et Adriano forcent l’accès aux îles Dalhaks : enseignants à l’école italienne de l’Erythrée, ils sont devenus « touristes-plongeurs professionnels » et partent chaque week-end avec leur panoplie de Robinson. Un équipement indispensable pour camper sur un territoire sans habitants, ni eau, ni nourriture, ni infrastructure."

lundi 11 janvier 2010

A lire, à voir, à écouter cette semaine !

Un rapport du Chatham House par Edward Thomas : « Decisions and Deadlines: A Critical Year for Sudan » ICI
« Jonglei's Tribal Conflicts: Countering Insecurity in South Sudan » de l’International Crisis Group ICI. De plus Marc Lavergne sera l’invité de Thierry Garcin mardi dans les Enjeux Internationaux pour présenter les conséquences régionales de l’indépendance probable du Sud en 2011.
Sur le site du Conseil on Foreign Relations (ICI) : « Abdulmutallab is More Than Just Al-Qaeda », « Paying the Price for Apartheid », « Time Online: Somalis in Yemen: Intertwined Basket Cases », et « Nigeria's Leadership Vacuum ».
Cette semaine aussi la sortie d’« Invictus » de Clint Eastwood avec Morgan Freeman et Matt Damon. Un long-métrage qui montre comment, après l’apartheid, Nelson Mandela tenta de réunir les Sud-Africains en organisant la Coupe du monde de rugby.
Le synopsis : En 1994, l'élection de Nelson Mandela consacre la fin de l'Apartheid, mais l'Afrique du Sud reste une nation profondément divisée sur le plan racial et économique. Pour unifier le pays et donner à chaque citoyen un motif de fierté, Mandela mise sur le sport, et fait cause commune avec le capitaine de la modeste équipe de rugby sud-africaine. Leur pari : se présenter au Championnat du Monde 1995...
Et bien sur je ne peux que vous recommander de lire… mon article sur « L’Afrique noire en mal de champion. L’Afrique Noire : le Nigeria et l’Afrique du Sud » dans « Les Grandes puissances du XXIème siècle » (ICI)

samedi 9 janvier 2010

CAN 2010 : Foot, revendications indépendantistes et terrorisme…



Le car transportant les joueurs de l’équipe nationale de football des Eperviers du Togo a été attaqué à Cabinda vendredi alors qu'il franchissait la frontière entre le Congo-Brazzaville et ce territoire angolais, une bande de terre enclavée entre les deux Congo (Brazzaville et Kinshasa) et distant de 50 km du reste de l'Angola. Trois morts, deux joueurs et des dirigeants ont été blessés. L’attaque a été revendiquée par le tout nouveau mouvement de résistance du FLEC/PM (Forces de Libération de l’État du Cabinda/Position Militaire) Rodrigues Mingas, son secrétaire général s'est expliqué : "Nous regrettons que ce soit le bus du Togo qui a été pris pour cible. On n'a pas fait exprès de tirer sur un bus de joueurs. C'aurait tout aussi bien pu être le bus des Ivoiriens, le bus de n'importe qui... On est en guerre, tous les coups sont permis. L'Angola veut faire croire à une paix effective au Cabinda, mais la paix n'existe pas."
Dans son message de fin d'année, il l'annonçait déjà : "Les patriotes résistants du FLEC/PM, sont décidés à mener autrement la lutte réelle de libération de notre pays le Cabinda, dans ce challenge je peux vous dire que les choses sérieuses vont commencer (...) Veuillez recouvrir l’espoir, le changement arrive ! Oui, nous pouvons vous garantir que les choses vont bouger comme jamais et un vent nouveau va souffler sur la lutte de Libération Cabindaise dans les jours à venir pour le bien de notre peuple tout entier.".

Rappel historique : Cette zone tampon a longtemps été le témoin des rivalités européennes, du fait de sa position géographique, près de l’embouchure du fleuve Congo. Le royaume de Cabinda était sous le protectorat du royaume du Portugal à partir d’un traité signé le 1er février 1895 et cet acte constitue aujourd’hui le texte de référence des indépendantistes, puisqu’il établit juridiquement l’existence politique de Cabinda. Selon eux, la cessation du protectorat aurait dû s’accompagner d’un retour à l’indépendance de ce royaume Or en 1956, le Portugal a placé le Cabinda et l’Angola sous l’autorité d’un administrateur unique, sans modifier le traité, et en contradiction avec la constitution portugaise, qui distinguait ces deux territoires. En 1963, Henrique Tiago Nzita et Ranque Franck créent le FLEC (Front de libération de l’Etat de Cabinda) dont l’objectif est l’indépendance du Cabinda. Avant l’indépendance de l’Angola, le contrôle du Cabinda était vital pour permettre au MPLA (mouvement au pouvoir ayant lutté pour l’indépendance de l’Angola) d’acheter des armes avec la rente pétrolière (les gisements pétroliers d’Angola ne sont entrés en exploitation qu’à partir de 1980).
En 1975, quelques mois avant l’indépendance de l’Angola trois mouvements politico-militaires indépendantistes angolais et le Portugal ont proclamé le rattachement du Cabinda à l’Angola. En 2002, à la fin de la guerre civile angolaise, Cabinda n’est pas pacifiée. Pourtant depuis 2006, le gouvernement central assure que l'enclave l’est en raison de la signature d'un accord de paix avec Antonio Bento Bembe, un des dirigeants politiques du FLEC. Cette guerre larvée se poursuit et l’action des forces gouvernementales contre la population civile continue à ternir l’image de l’Angola à l’étranger. (voir le rapport de Human Rights Watch en juin dernier ICI)
(drapeau de Cabinda)

Mode d’action :
Au début des années 1990 les grandes puissances, attirées par la manne pétrolière se sont désintéressées des indépendantistes. En outre, en 1991 les soldats cubains ont quitté l’Angola, et les militaires sud-africains la Namibie. Les mouvements armés indépendantistes cabindais ont donc changé leur tactique pour obtenir des fonds et ont commencé à prendre des otages parmi les étrangers salariés des grandes entreprises. Cette tactique a partiellement fonctionné puisque des négociations se sont ouvertes avec le gouvernement angolais. Mais l’incapacité des indépendantistes (notamment) à unifier leurs stratégies a sonné le glas des négociations. Ainsi, l’accord de paix signé à la mi-2006 avec le Front de libération de l’enclave de Cabinda prévoyait notamment la nomination de nouveaux vice-ministres dans plusieurs zones mais il n’a pas tardé à être dénoncé par certains des leaders du Front, qui avaient été exclus des négociations.

La solution militaire reste l’hypothèse envisagée par le gouvernement angolais face à cette multitude de groupuscules. Au niveau international la division du camp indépendantiste a rendu le message cabindais inaudible. Ayant perdu leurs soutiens régionaux, les indépendantistes recherchent de nouveaux alliés.

Le chemin vers la paix ?
: Il n’y a aucune force de maintien de la paix actuellement, ni l’Union Africaine, ni les Casques bleus. Plusieurs médiations se sont succédées sans succès : Omar Bongo en 11997 et 1998 (président du Gabon) et Sassou Nguesso en 2006 (président du Congo Brazzaville).

L'occasion tendue par la CAN 2010 est unique : les médias internationaux et les observateurs pourront s’intéresser à la cause cabindaise.

L'occasion est donnée pour le FLEC de Nzita de revendiquer ouvertement l'indépendance du Cabinda. Mais à quel prix ? Le risque est grand pour le mouvement indépendantiste de discréditer sa cause en frappant au hasard par des actions terroristes.

Après les affrontements liés au match Egypte/Algérie, et cette attaque pour médiatiser une cause, le football apparaît comme un reflet actif du monde. Pour Pascal Boniface, penseur de la géopolitique du foot, il existe un parallèle entre football et mondialisation, parce que le football s’est étendu à l’échelle planétaire et le foot reflète les tensions géopolitiques :
- affrontements entre les supporters croates du Dynamo de Zagreb et les Serbes de l’Étoile rouge de Belgrade avant la désagrégation de la Yougoslavie,
-lors de la phase éliminatoire de la Coupe du monde 1958, les pays du groupe Afrique-Asie ont refusé de jouer contre Israël.
- en1966, quinze pays africains susceptibles de participer à la Coupe du monde en Angleterre décident de se retirer, en raison de la sous-représentation de leur continent.
- plus récemment, les tensions entre l’Algérie et l’Egypte qui reflèteraient selon Pascal Boniface deux visions du nationalisme arabe.

- la participation de la Corée du Nord à la prochaine coupe du monde en Afrique du Sud permettrait à Pyongyang de redorer son image.
Donc, le football est devenu un instrument diplomatique. Il permet de promouvoir une image plus ou moins positive du pays, d’endiguer ou de prolonger des tensions régionales.

Site du FLEC : ICI
La vidéo de l'évènement sur France 24 (interview de joueur après l'attaque) : ICI
Le récit d'Adedayor le capitaine de l'équipe du Togo : ICI

Sources : Le Monde / « Les indépendantistes dans l’impasse au Cabinda » par la Commission des recours des réfugiés de la Cour National du droit d’asile /Cabinda Monde Info

jeudi 7 janvier 2010

Niger : le poids de l’environnement régional



Demain dans les Enjeux Internationaux sur France Culture : le Niger. Eric Laurent recevra Antoine Glaser, le rédacteur en chef de la Lettre du Continent.
"La situation géopolitique du Niger a évolué depuis 2005. Jusqu'alors chasse gardée du groupe Areva pour ses approvisionnements en uranium, le pays a bénéficié de la véritable guerre des matières premières qui se livre à travers le monde.

Désormais la Chine est solidement implantée dans le pays, et ce nouveau jeu d'alliance a fragilisé la position française. Sur le plan sécuritaire, le régime du président Tanja ne contrôle qu'une part infime du territoire où sont implantés des groupes dissidents touaregs et des groupuscules appartenant à la mouvance d'Al Qaida au maghreb islamique. Une réalité préoccupante que les américains prennent au sérieux en fournissant une assistance militaire, non seulement au Niger mais également aux autres pays de cette région sub-sahelienne."

Vous pouvez écouter ou réécouter l'émission ICI
Photo : mine d'uranium

Les tournées africaines du début d'année


Parce que le jeu des influences passe par des visites bilatérales de coopération ou de courtoisie. Petit coup de projecteurs sur les tournées françaises et chinoises de début d’année.
Bernard Kouchner a entamé aujourd'hui sa tournée africaine de quatre jours qui le mènera dans 5 pays :
-Au Rwanda avec qui la France vient de renouer des relations diplomatiques (voir précédent billet). Jacques Kabale, actuel responsable juridique du département des ressources humaines de la BAD, a été nommé le mois dernier ambassadeur à Paris et Laurent Contini l'actuel ambassadeur de France au Zimbabwe et ancien membre du cabinet de Bernard Kouchner, devrait être nommé à Kigali ;
-En République démocratique du Congo (RDC) : afin d’aborder la situation intérieure, les aspects régionaux et l'avenir de la Mission des Nations unies en RDC (Monuc) qui vient d’être reconduite pour 5 mois ;
-Congo-Brazzaville : les discussions porteront sur la sécurité régionale et le changement climatique notamment la protection de la forêt d'Afrique centrale.
-Burkina Faso : pour évoquer les médiations du président Blaise Compaoré en Guinée, en Côte d'Ivoire et au Togo ;
-Côte d'Ivoire : cette visite « permettra notamment de rappeler l'attachement de la France à ce que la Côte d'Ivoire retrouve la voie de la stabilité et du développement », indique le communiqué de presse.
Le ministre des Affaires étrangère chinois, Yang Jiechi, a débuté lui aussi une tournée africaine au Kenya, au Nigeria, en Sierra Leone, en Algérie et au Maroc.


Officiellement pour entretenir l'amitié traditionnelle sino-africaine, et renforcer le partenariat gagnant/gagnant. Sur les perceptions africaines de la Chine, voir billet ICI

mercredi 6 janvier 2010

Que devient l’agent français otage en Somalie ?



Rappelez-vous en juillet dernier, deux "conseillers français en mission officielle d’assistance auprès du gouvernement somalien" étaient arrivés à Mogadiscio où ils étaient chargés d'un audit de sécurité afin de préparer la formation d'un bataillon militaire somalien par la France. Les deux hommes étaient logés à l'hotel Sahafi au centre de Mogadiscio, à proximité de la présidence de la République. Ils ont été enlevés le 14 juillet par des miliciens proches du ministre de l'Intérieur, avant d'être repris par d'autres groupes.
Celui qui répond au nom de Marc Aubrière s’est officiellement échappé tout seul (son témoignage ICI). Il aurait très probablement été libéré par l’entremise du Transitional Federal Government (TFG) qui aurait soudoyé ses geôliers ou négocié avec le chef du groupe Hezb-el-Islam. Les autorités françaises ont sûrement du mettre la main à la poche pour faire sortir cet agent. Bien que le porte-parole du Quai d'Orsay, Eric Chevallier affirmait que "la France n'a pas payé de rançon". A Mogadiscio, un responsable du Hezb-el-Islam prétendait au contraire que "l'otage a été libéré après que certains de ses gardes aient été corrompus. Ces hommes ont demandé initialement 5 millions de dollars".
En revanche l’autre agent aux mains du mouvement islamo-nationaliste d’Al Shabaab (le nom complet est Haraka al-shebab el-moudjahidin soit "le mouvement des jeunes moudjahidin en arabe) sera plus difficile à sortir d’affaire car ni le TFG ni les renseignements français n’auraient de facilités pour communiquer avec ce groupe qui contrôle le sud du pays et qui a l’intention de juger le français selon la loi coranique pour espionnage.
En outre, les négociations risquent de porter uniquement sur le côté politique. Une rançon discréditerait le groupe d’ailleurs il a déjà réclamé de la France "la cessation immédiate de tout soutien politique ou militaire au gouvernement apostat de Somalie et le retrait de tous ses conseillers en sécurité de la Somalie" ainsi que « le retrait de toutes ses compagnies de sécurité présentes en Somalie", et "le retrait de sa force navale des côtes somaliennes". Ils demandent aussi "le retrait de toutes les forces croisées de l'Amisom ».
Vidéo ICI : « Otages en Somalie : la force ou la négociation ? » sur France 24
La France compte sept otages dans le monde. Au moins cinq sont détenus sur le continent africain (Somalie, Tchad, Centrafrique, Mali). Souhaitons à leurs familles d’heureux dénouements pour cette nouvelle année.

Photo : le premier agent après sa rocambolesque libération.

Voir : le site de l'association Otages du monde : ICI

mardi 5 janvier 2010

Blog à découvrir



Je viens de découvrir un blog très intéressant animé par Stéphane Bolle, maître de conférence en Droit public : « La Constitution en Afrique ». Il ambitionne de porter « un regard différent sur l'actualité constitutionnelle foisonnante des pays africains. Il ne s'agit pas de singer les gazettes ou les libelles, de s'abîmer dans une lecture partisane des constitutions, des révisions, des pratiques et des jurisprudences. Sans angélisme ni scepticisme, il urge d'analyser, en constitutionnaliste, une actualité constitutionnelle largement méconnue et passablement déformée. » On peut simplement regretter que le blog ne se consacre qu’au pays francophones

mercredi 30 décembre 2009

Achat des terres agricoles (2/2) : une opportunités de développement ?



Suite du précédent billet "Terres agricoles (1/2) : les richesses agricoles africaines".
La guerre pour le contrôle des terres agricole dans les pays pauvres est ouverte. Mais « la terre est une patate chaude » (Jacques Diouf, directeur de la FAO). Explications :
1) Les acheteurs : La Chine (40% des agriculteurs du monde pour 9% des terres agricoles de la planète) a signé une trentaine d’accords avec des entreprises chinoises pour un accès aux terres agricoles étrangères qu’elles louent ou achètent afin d’y installer des exploitations de riz, soja, maïs…, l’Inde, le Japon, la Malaisie, la Corée du Sud, l’Egypte, les Emirats Arabes Unies, la Libye, Bahreïn, la Jordanie, le Koweït, le Qatar, l’Arabie Saoudite, l’Afrique du Sud. Dans le cadre du Conseil de Coopération du Golfe, les Etats du Golfe ont conclu des accords « pétrole contre terres agricoles pour leurs entreprises.
2) Les pays d’accueil : le Soudan, le Kenya, l’Ethiopie, et la Somalie principalement mais la plupart des pays africains également soulignant les retombées économiques pour leur pays (infrastructures..)

- Genèse :
La hausse du prix des matières premières agricoles : Jusqu’en 2003, les prix des principales matières premières étaient inférieurs à leur valeur d’il y a 20 ans. Puis, le resserrement de la situation mondiale de l'offre et de la demande céréalière a entraîné une hausse des prix de toutes les céréales.
Pour la plupart des économistes, la hausse quasi générale des prix des matières premières depuis à peu près 2003 n'est pas qu’une poussée conjoncturelle mais un phénomène de fond structurel. L’édition 2007 du Cyclope donne son opinion : « Au-delà des aléas climatiques, il semble évident que le trend des prix agricoles mondiaux (pour les grandes productions végétales) sera orienté à la hausse sur les prochaines décennies : la rechute des prix (comme cela fut le cas dans les années quatre-vingt et quatre-vingt-dix) parait exclue sur longue période du fait de la dynamique de la demande alors même que les obstacles au développement harmonieux des biotechniques sont loin d’être tous levés».
On peut relever cinq raisons majeurs de la hausse des cours des matières premières.
La première concerne la hausse de la consommation mondiale, la demande mondiale qui va croissant depuis plusieurs années, du fait de la poussée de la Chine et d’autres pays émergents (Inde notamment). Face à cette poussée du coté demande, l’offre réagit. En outre, la hausse des prix des produits agricoles s’explique par l’augmentation de la population et de l’évolution des modes de consommation dans ces mêmes pays émergents. De même, la hausse de la demande mondiale nécessiterait d'augmenter de 20 % à 30 % les surfaces cultivées ; on peut difficilement, sauf à provoquer des déforestations, dans le bassin du Congo par exemple. Il faudrait alors augmenter la productivité ; or il serait nécessaire de recourir aux OGM qu'une partie de l'opinion refuse.
L’autre explication tient aux craintes pesant sur la production. La guerre en Irak, la crise au Moyen-Orient, en Iran, les politiques menées au Venezuela et en Russie entament la confiance des marchés énergétiques.
Ensuite, la production ne suit pas la consommation. Ainsi, les récoltes ne sont pas forcément en baisse mais elles ne suffisent pas à couvrir la demande et à remonter le niveau des stocks.
L’essor des agro carburants (biocarburants) à travers le monde commence à concurrencer la production alimentaire, et à bouleverser le jeu. Les Etats-Unis conservent leur maïs pour le transformer en bioéthanol, et ne l’écoulent donc plus sur le marché mondial. Selon le rapport 2007-2016 de l’OCDE et de la FAO, la production d’agro carburants devrait augmenter de façon drastique et provoquer une hausse importante des prix des produits alimentaires. En Afrique, plusieurs projets « biocarburants » voient le jour. La compétition entre les cultures vivrières et énergétiques devrait rapidement exploser. La concurrence pour la terre arable profiterait en outre aux gros producteurs de monocultures, aux dépens de petits producteurs vivriers.
Les aléas climatiques ont des incidences toutes particulières sur les économies africaines, dépendantes de leurs ressources en matières premières. Durant les dernières années, la raréfaction des pluies (d’autant plus que le réseau d’irrigation est très limité) ou leur violence lorsqu’elles surviennent (Mozambique), a accru les handicaps. En outre, la déforestation, la désertification de nouveaux espaces, les invasions d’insectes entament le potentiel agricole du continent.

Cette dynamique est mondiale :
- l’Egypte a signé un contrat avec le Soudan, pour produire du blé dans le Nord du pays,
- en août 2008, la compagnie suédoise Alpcot-Agro exploitait 135 000 ha en Russie pour les céréales et les oléagineux.
-Mitsui (Japon) a acheté en novembre 2007, 100 000 ha de terres agricoles au Brésil pour produire du soja
- en 2008, le gouvernement libyen échange fourniture de gaz et de pétrole contre l’exploitation de 250 000 ha de terres en Ukraine.
- la Chine a acquis ces dernières années des centaines de milliers d’hectares de terres au Cameroun, en Australie, au Laos, aux Philippines

Intérêts des pays vendeurs ou loueurs :
- Ce sont des pays souvent peu peuplés ;
- disposant de vastes réserves de terres cultivables : au Mozambique ou en Angola, par exemple, seules 10 % des terres seraient aujourd’hui exploitées.
- Ces terres ne sont pas chères.

Opportunités de développement ou néocolonialisme ? :
Ces pays manquent d’infrastructures et de matériels (entrepôts, silos, routes…) pour soutenir une production agricole et justement les pays acquéreurs ou les sociétés privées peuvent les financer.
Problèmes :
- en créant des marchés non concurrentiels, ces acquisitions contournent les règles du commerce international
- certains achats de terre ne relèvent pas d’une logique de développement agro-industriel, mais d’une logique financière (achat par des hedge funds, c’est-à-dire des fonds d’investissement).

D’ailleurs, les cartes de la sous alimentation et celles des pays loueurs ou vendeurs de terres se superposent comme le Soudan qui a bénéficié de la plus grosse opération du PAM (Programme Alimentaire Mondial) en 2008.



La lettre de l’Océan Indien nous apprend que l’Ethiopie sera à l'honneur d'un des premiers reportages de la nouvelle émission Terre d'enquête d’M6, présenté par Guy Lagache. L’émission enquête sur la cession des terres et aurait connu quelques difficultés de tournage dans le pays.

Sources :
CHALMIN (Philippe), « Les marchés mondiaux », Paris, 2007, Cyclope
La Lettre de l’Océan Indien
« Perspectives agricoles de l’OCDE et de la FAO 2007-2016 », OCDE/FAO, 2007, 97p.
« Terres agricoles : une autre délocalisation? », in Le Dessous des cartes, 26/06/09, ARTE